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En septembre 2003, après cinq années d’expérience collective, le Collectif sans ticket (CST), dont nous faisions partie, décide de s’auto-dissoudre (1). Cette décision est l’aboutissement d’un processus d’auto-analyse de plusieurs mois durant lequel nous avons tenté, entre autres choses, de visiter et de comprendre diverses questions : « pourquoi sommes-nous en crise ? », « qu’est-ce qui s’est passé ? », « que nous est-il arrivé au juste ? » Les réflexions qui suivent s’inspirent d’un texte intitulé Bruxelles, novembre 2003 qui relate ce travail.

En février-mars de cette année-là, nous sommes quelques-uns à sentir que quelque chose se passe dans la vie de notre groupe… quelque chose qui fait que nous ne sommes plus les mêmes. Notre manière de sentir et de percevoir est en train de changer même si nous ne savons pas bien ce qui a bougé. « Les événements s’effectuent en nous, ils nous attendent et nous aspirent, ils nous font signe », disait Deleuze [2].

Sept mois donc avant l’acte d’auto-dissolution, nous sommes réunis à cinq dans nos locaux à Bruxelles, et c’est le brouillard. Pour les uns, le projet passe certes par un moment difficile mais, en gros, il « fonctionne bien » : les idées et les revendications défendues par le groupe dans le champ de la mobilité se sont propagées. Pour d’autres, « tout ça » n’est plus trop évident, il devient compliqué de poursuivre l’aventure sans prendre en compte une insistance qui les travaille. Mais qu’est-ce qui insiste ? Il est difficile de le savoir, les mots manquent pour exprimer « ce qui n’est plus évident ». Après un moment de discussion sur ce tiraillement, le pli est pris d’arrêter la machine et de nous ouvrir à un processus d’évaluation de notre pratique. Nous organisons trois réunions à Bruxelles avant de nous « mettre au vert ». Notre premier geste consiste à « déplier l’accordéon » de notre aventure, à en retracer les lignes majeures et les points forts.

[2] G. Deleuze, Logique du sens, éd. de Minuit, 1969, p. 174.

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