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Il y a des images, des sonorités, des styles, des phonétiques, des coupures ou des distinctions qui collent à la peau. Des événements passés continuent de nous habiter, de vivre en nous sous certaines modalités. Tantôt ces modalités sont ouvertes et modifient nos rapports réciproques, au gré des rencontres et des situations. Tantôt elles cherchent à « repasser le disque », à calquer le présent sur ce qui s’est passé. Tantôt encore elles créent des bifurcations ambivalentes, faites de mouvements violents qui nous poussent à inventer de nouveaux énoncés, à créer de nouveaux styles… tout en charriant avec elles des peurs, des fermetures, des sectarismes.

Selon les courants de pensée, on apposera un nom différent pour désigner ce phénomène. Nous, nous parlerons des « fantômes » qui peuplent les groupes, certaines utiliseront le terme d’ombre, d’autres encore celui d’imaginaire collectif. Félix Guattari, dans un texte des années soixante [1], utilise le terme de fantasme. Il le renvoie à des univers collectifs, sociaux et historiques, et en distingue deux types : le fantasme de groupe et le fantasme transitionnel. Le premier renvoie à des événements, historiques (1968 par exemple) ou produits par le groupe, qui figent celui-ci dans des énoncés stéréotypés, dans des attitudes et des modes d’organisation établis une fois pour toutes et dépendant d’une loi extérieure au groupe : « De tout temps, on s’est organisé comme cela. » Le second, le fantasme transitionnel, est lié à la plasticité du groupe dans ses rapports aux divers éléments produits par les événements. Le groupe joue avec eux plutôt que d’en être le jouet. Il les confronte au dehors, à l’environnement, les ajuste et les modifie. Et, loin d’être exclusifs, ces deux types de fantasme peuvent agir simultanément selon les moments et les circonstances.

Ce qui nous intéresse ici, c’est de pointer les rapports entre le groupe et ses fantômes : quels sont les liens entre les multiples événements (politiques, sociaux, psychiques…) que nous avons traversés, qui nous ont ébranlées, qui ont construit en même temps des contingences singulières (langages, mimiques, rôles, styles d’organisation…), et les manières dont ils s’invitent au quotidien dans nos démarches collectives ?

[1] F .Guattari, « Psychanalyse et Transversalité », éd. F. Maspéro, Paris, 1972

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