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 Une histoire n’est pas l’autre

L’autre aspect de notre questionnement concerne la construction du groupe dans son rapport aux événements qui le constituent. On ne parlera plus ici de l’âge d’or des grandes luttes mais de celles qui sont directement inhérentes à l’histoire du groupe.

Fragments d’une histoire de groupe 

Éric : « Tu te rappelles du moment où tout s’agençait rapidement, les actions que l’on menait. On était pris dedans 24 heures sur 24. Et l’ambiance qui régnait, le sentiment intense de receler en nous et de déceler à travers le collectif les potentiels qui permettaient de mettre en branle “d’autres possibles”, de secouer les ritournelles du fatalisme politique ambiant. »

Olga : « Mais ce rythme, cette vitesse folle dans laquelle nous étions, ont écrasé beaucoup de choses sur leur passage. On était soit dans le coup, soit hors du coup. Peu d’alternatives. Et, plus généralement, cette intensité qui dura quelques temps a produit en elle-même un style, un mode de devenir collectif, des formes d’actions qui nous ont enfermés. Une fois que le “hasard” de cette rencontre collective s’est émoussé, nous avons eu énormément de difficultés à sortir de notre propre image. Et encore aujourd’hui, nous sommes traversés par cela. Regarde par exemple les nouveaux arrivants, ils singent, ils miment, ils reproduisent une forme d’esthétique qui fut la nôtre il y a cinq ans. »

Éric : « C’est bizarre, il y a comme un flux immanent, a-subjectif, qui circule dans ce projet. On est toujours raccordé à cette période chaude, même si aujourd’hui notre réalité a changé. »

Marc : « Oui. Et cela ne nous aide pas forcément. Enfin, il y a les deux à la fois : d’un côté, nous y puisons une certaine force, une confiance en nous, et de l’autre, nous sommes figés dans un certain nombre de rôles, d’habitudes, de peurs que nous continuons à vivre et sans doute à transmettre. »

Éric : « D’ailleurs, ces deux aspects ont chacun leur couleur singulière. À table, dans un bistro, on parle de cela sous la forme de la “grande et belle époque”. Mais quand on cause de celle-ci à partir des blessures, des fêlures silencieuses qu’elle a également produites, les lieux de paroles changent, les personnes et le ton aussi. » Olga : « C’est toute l’ambiguïté de ces événements. Il nous faudrait revenir un jour collectivement sur cette histoire, peut-être que cela allégerait notre présent et nous permettrait de fabriquer de nouvelles attitudes, de nouvelles créations… »

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