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 Le pouvoir comme…

Changeons maintenant de perspective et regardons désormais le pouvoir comme un ensemble de relations, ce qui implique qu’il s’exerce sur quelque chose ou sur quelqu’un. En même temps, « l’un » et « l’autre » acteurs de la relation qui se construit ne sont pas fixés dans un rôle : tour à tour, voire simultanément, chacun des pôles de la relation intervient, bouge, fait évoluer le rapport, le jeu de pouvoirs, c’est-à-dire d’influences, tant sur la situation que sur la relation qui se tisse.

Prolongeons cette première définition autour de ce que Michel Foucault appelle la physique (ou microphysique) du pouvoir : toute force, en même temps qu’elle est affectée par une autre force, suscite une résistance qui, à défaut de l’arrêter, contrecarre l’action de la première. Les forces entrent nécessairement en rapport non pas d’opposition ou de contradiction mais de contrariété dissymétrique.

« Le pouvoir, c’est le nom que l’on prête à une situation stratégique complexe dans une société donnée. [1] » Ou encore : « Le pouvoir est rapport de force ou plutôt tout rapport de force est rapport de pouvoir. Comprenons d’abord que le pouvoir n’est pas une forme, par exemple la forme « État » […]. En second lieu, la force n’est jamais au singulier, il lui appartient essentiellement d’être en rapport avec d’autres forces, si bien que toute force est déjà rapport, c’est-à-dire pouvoir. […] La force n’a pas d’autre objet ni sujet que d’autres forces, pas d’autre être que le rapport : c’est une action sur les autres actions, sur des actions éventuelles, sur des actions futures ou présentes. [À partir de cet axiome, on peut] concevoir une liste de variables ouvertes, exprimant le rapport de force ou de pouvoir constituant des actions sur des actions : inciter, induire, détourner, rendre facile ou ­difficile, élargir ou ­­limiter, rendre plus ou moins probable… Telles sont les catégories du pouvoir. [2] »

[1] M.Foucault, « Histoire de la sexualité I. La volonté de savoir », éd. Gallimard, 1976, p.123

[2] G.Deleuze, “Foucault”, éd. de Minuit, Paris, 1986, p.77

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