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Dix personnes se retrouvent autour d’une la table en vue de déblayer une question qui anime depuis quelque temps leur association : allons-nous présenter une demande de subsides ?

Le débat est tendu et produit des positions marquées, qui n’aident guère à élucider la question, à en saisir les enjeux. Il est enfermé dans des logiques de camps. Les uns, taxés d’idéalisme ou de moralisme, crient aux dangers de la récupération, de la compromission avec un État fonctionnant selon des règles et des objectifs déterminés ayant entre autres pour objet de réduire la contestation, soit par la violence, soit par l’achat financier des groupes dissidents. Les autres, qui se voient associés à une approche trop pragmatique, argumentent la nécessité de l’obtention de subsides pour régler des problèmes financiers, minimisant la force de ce pouvoir d’État et légitimant un recours aux subsides au nom de son caractère public notamment et de la pertinence sociale ou culturelle du travail de l’association.

Ces jeux de positions, crispés entre vérité et contre-vérité, ont pour effet de maintenir la logique de camps bien davantage que d’ouvrir le groupe à un questionnement complexe. Or, à lui seul, cet affrontement peut accaparer l’énergie collective et la coincer dans des tensions passionnelles capables de déforcer le groupe.

Pour éviter d’en arriver là, l’assemblée générale de l’association met en place un groupe préparatoire afin de déminer le terrain et de soumettre un texte à l’assemblée autour du questionnement suivant : « Quelles sont les lignes de force de ce pouvoir étrange que sont les logiques de subvention et comment pouvons-nous y résister, anticiper et conjurer leurs effets, sachant que, d’une manière ou d’une autre, elles vont affecter notre pratique ? »

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